jueves 28 de enero de 2010

A Mademoiselle


*****


Oui, femme, quoi qu'on puisse dire
Vous avez le fatal pouvoir
De nous jeter par un sourire
Dans l'ivresse ou le désespoir.

Oui, deux mots, le silence même,
Un regard distrait ou moqueur,
Peuvent donner à qui vous aime
Un coup de poignard dans le coeur.

Oui, votre orgueil doit être immense,
Car, grâce a notre lâcheté,
Rien n'égale votre puissance,
Sinon, votre fragilité.

Mais toute puissance sur terre
Meurt quand l'abus en est trop grand,
Et qui sait souffrir et se taire
S'éloigne de vous en pleurant.

Quel que soit le mal qu'il endure,
Son triste sort est le plus beau.
J'aime encore mieux notre torture
Que votre métier de bourreau.

Alfred de Musset

jueves 21 de enero de 2010

Avec ou sans glaçon?

******



En plein hiver, auriez-vous envie d'acheter des glaçons à 76,37 euros le litre? Cela n'est pas une plaisanterie. Il suffit de faire ses courses pour découvrir cette étonnante proposition. Dans les rayons d'une grande chaîne de magasins de produits surgelés vient d'apparaître, entre les desserts glacés et les coulis aux fruits, des boîtes au nom étrange : - 18°. De quoi s'agit-il ? D'une nouvelle gamme de compléments alimentaires aux plantes. Il y avait déjà - mais pas encore chez Picard! - les gélules, les comprimés ou les poudres, voici désormais les glaçons dans un berlingot, à diluer dans un verre d'eau, pour retrouver, au choix, vitalité, détente, digestion, beauté ou minceur. Les promesses sont toujours les mêmes, mais cette fois-ci au rayon froid.

La surgélation des extraits de plantes permettrait, selon le fabricant, de "mieux préserver les principes actifs contenus dans les glaçons". Pour améliorer le goût du breuvage, des concentrés de jus de fruits (ananas et pamplemousse pour la minceur ; pomme et betterave pour la détente, orange pour la vitalité, myrtille pour la beauté, papaye pour la digestion) ont été ajoutés.

La boîte de 91 millilitres, comprenant 7 berlingots, coûte 6,95 euros soit plus de 76 euros le litre! Cela fait cher l'extrait de pissenlit, de romarin, de feuille de mélisse ou de "stigmate de safran"! D'autant que, précise la notice, "la durée idéale de programme varie de deux à quatre semaines", à raison d'un glaçon quotidien.

C'est formidable tout ce que l'on peut inventer pour promettre au consommateur du bien-être à tout prix. Mais commercialiser des glaçons à cette saison, il fallait y penser! Bon, ne rêvons pas, les berlingots surgelés ne font pas plus de miracle que les comprimés. Le glaçon minceur devra s'accompagner "d'un rééquilibrage alimentaire et d'un minimum d'exercice physique", le glaçon détente devra être complété par "des activités récréatives" et, pour profiter pleinement du glaçon digestion, il est conseillé de "remuscler sa sangle abdominale". Et troquer son glaçon contre une orange pressée chaque matin, ne serait-ce pas aussi bien ?

Je l'avoue, je n'ai pas goûté les berlingots - 18°. D'ailleurs, pourquoi pas - 15 ou - 20° ? Je ne sais pas combien de temps il faut attendre pour que le glaçon soit fondu, ni quel goût il a. Berlingot, un joli mot qui fait penser à des souvenirs d'enfance. Rappelez-vous, les berlingots remplis de lait concentré sucré qu'on ouvrait avec les dents et qu'on mettait à la bouche. Et dire qu'aujourd'hui les berlingots se retrouvent au congélateur, enfermés dans de vilaines boîtes et pleins d'eau.

Non, franchement, malgré ce que dit le distributeur sur son site (www.moinsdixhuit.com), cela n'a rien de "révolutionnaire" comme produit. Reste son prix, insensé. Le même qu'un kilo de macarons chez Fauchon ou Ladurée. A ce tarif-là, autant choisir la gourmandise !


Sandrine Blanchard

lunes 18 de enero de 2010

Et le ciel recula

******


Il y a longtemps, bien longtemps, avant que nos ancêtres ne viennent s’établir dans cette contrée, le Ciel et la Terre, non seulement vivaient en bonne compagnie, mais résidaient à proximité l’un de l’autre. Ils pouvaient ainsi se concerter lors de décisions importantes à prendre qui concernaient la survie de l’humanité aussi bien que des animaux, des plantes, des roches et minéraux dont le rayonnement apportait tant de bienfaits. Le Ciel penchait bien souvent son regard bienveillant vers les êtres vivant juste en dessous de lui. Il se courbait si fort qu’il lui arrivait de frôler la cime des manguiers et des fromagers. Parfois même, des vieux très grands de taille, comme ceux qui habitent les bords du fleuve, sentaient un frisson parcourir leur crâne aux cheveux soigneusement rasés. Ils savaient alors que le ciel leur témoignait une attention toute spéciale. Ils en retiraient un sentiment encore plus aigu de leur importance et de leurs responsabilités.

Un jour, une jeune femme, saisit une jarre de terre cuite et la plaça sur les trois pierres qui constituaient le foyer. Le bois avait déjà donné de hautes flammes. A présent, les braises rougeoyaient en sifflant harmonieusement, comme pour donner le maximum de leur chaleur. La femme s’activait, maniant avec dextérité la longue spatule de bois qui servait à remuer le mélange d’eau et de farine fermentée dans l’eau, afin d’obtenir une pâte homogène, à la surface bien lisse. Elle réalisait toutes ces opérations en silence. Car la concentration était nécessaire à une pleine réussite de cet art demeurant délicat même s’il se répétait quotidiennement. Après avoir fini de cuire la pâte de maïs qui constituait l’essentiel du repas familial, la jeune femme racla soigneusement le fond de la marmite pour la débarrasser des morceaux qui y restaient attachés. Elle y versa deux ou trois calebasses d’eau qu’elle prit d’un énorme récipient, de terre cuite également, placé près du puits pour contenir la réserve pour la journée.

Malencontreusement, elle remua la marmite en tout sens, puis, d’un geste distrait, elle lança le contenu bien haut, de toutes ses forces. Malheur ! L’eau s’éleva si haut qu’elle s’en vint cogner la voûte céleste. Le Ciel, bien entendu, se mit en colère. Il gronda de plusieurs coups de tonnerre sans qu’il fasse réellement de l’orage. Mais cela ne suffit point à l’apaiser.

- Que ferais-je pour manifester mon mécontentement? dit-il à nouveau, dans un roulement sourd.

-Tomber de toute ma puissance sur cette femme et l’écraser ? Cela ne convient pas à ma grandeur. Je ferais mieux tout simplement de me mettre désormais hors de la portée des humains.

Depuis ce jour, le Ciel se retira loin, bien loin de la Terre. Il ne consentit plus jamais à descendre jusqu’à une distance de contact avec les humains. Quelques morceaux de pâte de maïs flottaient dans l’eau qui le toucha. Ils y restèrent collés et forment aujourd’hui les étoiles.

C’est ainsi que par l’inadvertance d’une femme la face du monde fut irrémédiablement changée.

Extraits du "Caméléon bavard" de Dominique Aguessy,éditions Lharmattan (Bénin et Sénégal)

viernes 15 de enero de 2010

Le Pont Mirabeau

*****


Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Guillaume Apollinaire


sábado 9 de enero de 2010

Tard dans la vie

*******

Je suis dur
Je suis tendre
Et j'ai perdu mon temps
A rêver sans dormir
A dormir en marchant
Partout où j'ai passé
J'ai trouvé mon absence
Je ne suis nulle part
Excepté le néant
Mais je porte caché au plus haut des entrailles
A la place ou la foudre a frappé trop souvent
Un coeur ou chaque mot a laissé son entaille
Et d'où ma vie s'égoutte au moindre mouvement.

Pierre Reverdy

martes 5 de enero de 2010

La Feuille

********


De ta tige détachée,
Pauvre feuille desséchée,
Où vas-tu ? - Je n'en sais rien.
L'orage a brisé le chêne
Qui seul était mon soutien.
De son inconstante haleine
Le zéphyr ou l'aquilon
Depuis ce jour me promène
De la forêt à la plaine,
De la montagne au vallon.
Je vais où le vent me mène,
Sans me plaindre ou m'effrayer:
Je vais où va toute chose,
Où va la feuille de rose
Et la feuille de laurier.

Antoine Vincent Arnault
(1766 - 1834)

miércoles 23 de diciembre de 2009

Joyeux Noël!

***********




Joyeux Noël à tous!

Mari Carmen